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Prévention

Produits solaires : un indice de confiance limité

Enduits de crème indice 50+, nous serions largement protégés des effets délétères des ultraviolets. Mais nous aurions tort de faire aveuglément confiance aux produits solaires ! D’abord, nous les utilisons mal. Ensuite, les indices de protection affichés ne sont pas tous fiables.

Palavas-les-Flots, 15 heures, jour de grand soleil en plein cœur de l’été. Marie arrive à la plage avec son tube de crème solaire, indice 50+. Bien badigeonnée, elle pense être protégée des méfaits du soleil. Elle sait qu’à court terme, les rayons ultraviolets peuvent causer des coups de soleil. A plus long terme, ils favorisent l’apparition de la cataracte, accélèrent le vieillissement cutané et sont à l’origine de cancers oculaires et cutanés. Mais Marie est-elle réellement en sécurité ? Un produit solaire ne filtre pas tous les rayons du soleil. Une crème d’indice 10 bloque 90 % des rayons UVB. Une crème d’indice 30 bloque 97 % de ces rayons. Pour obtenir ces niveaux de protection, il faut s’enduire le corps de l’équivalent de six cuillerées à café de crème solaire (pour un adulte moyen) et renouveler régulièrement l’opération. Si vous en appliquez deux fois moins, la protection contre les UVB est réduite de deux tiers. Or on étale en réalité sur notre peau trois à quatre fois moins que les quantités recommandées. Nous avons aussi tendance à mal répartir le produit, à négliger certaines parties du corps et à nous contenter d’une application par jour.

Indices surévalués

Les indices de protection solaire sont en outre sujets à caution. Selon Laurence Coiffard, professeure de pharmacie à Nantes, 30 % des produits affichent un sun protection factor surévalué. Le SPF est l’indice qui renseigne sur le niveau de protection contre les UVB. En cause principalement : la présence dans les crèmes de molécules aux propriétés anti-inflammatoires comme l’allantoïne qui retardent l’apparition des coups de soleil. Mais si la peau ne rougit pas, les UV, en revanche, pénètrent bel et bien l’épiderme et le derme. « On se trouve dans une situation extrêmement préjudiciable en termes de santé publique, estime Laurence Coiffard. La personne a un véritable sentiment de fausse sécurité. » Les écarts sont parfois importants, surtout pour les crèmes à base de filtres 100 % minéraux : certaines crèmes d’indice 50 tombent à des indices inférieurs à 20 lors des tests réalisés en laboratoire par la chercheuse et son équipe. « 70 % des produits sont bons, nuance-t-elle malgré tout. Il y a quand même un certain nombre de laboratoires qui travaillent bien. »

Des tests contestés

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), par la voix de Laurent Lempereur, directeur des contrôles, se dit « attentive » à ces alertes. Mais elle ne disposerait à ce jour d’« aucun élément probant » pour mettre en cause « tel ou tel type de molécule  ». Pour obtenir des indices de protection solaire plus sûrs, Laurence Coiffard appelle à remplacer les tests sur l’homme – dits in vivo – qui sont la règle aujourd’hui par des tests in vitro – en laboratoire. Au lieu d’appliquer le produit directement sur la peau, on l’étale sur une plaque puis on mesure la quantité d’UV réellement filtrée. Mais cette méthode, bien que reconnue par l’ANSM qui l’utilise elle-même lors de ses contrôles, n’est pas encore normalisée au plan international. A l’avenir, les tests in vivo ne devraient pas disparaître, selon Laurent Lempereur. « L’avantage avec la méthode in vivo, c’est qu’on est en condition réelle d’utilisation », argumente-t-il. Dans un rapport de 2008 qui faisait suite à une opération de contrôle du marché des produits solaires, les autorités reconnaissaient cependant que les tests in vivo avaient tendance à surestimer les indices. Sur trente produits testés à l’époque, seize d’entre eux affichaient des indices exacts, quatorze des indices légèrement faussés, trois des indices largement surévalués. Face à ces écarts d’indice notables et une surveillance du marché des produits solaires pas très rapprochée – les derniers contrôles à grande échelle remontent à 2008 –, la meilleure protection contre le soleil est encore d’éviter de s’y exposer abusivement.

Sandra Jégu

Encadré 1

Les règles d’or de la protection solaire
  • Mettez-vous le plus possible à l’abri du soleil.
  • Si vous devez vous exposer, évitez de le faire pendant les heures les plus chaudes (entre 12 heures et 16 heures).
  • Au soleil, portez des vêtements, des lunettes avec protection latérale protégeant des UVA et UVB et un chapeau à larges bords.
  • Utilisez un produit de protection solaire adapté à votre phototype et aux conditions d’exposition pour les parties du corps exposées au soleil.
  • Un produit solaire doit fournir un SPF (sun protection factor, facteur de protection UVB) minimum de 6 et une protection UVA minimale équivalente à 1/3 du SPF indiqué sur l’étiquetage.
  • Ne prolongez pas le temps d’exposition sous prétexte d’avoir utilisé un produit de protection solaire.
  • Ne réduisez pas la quantité et la fréquence d’application du produit de protection solaire sous prétexte d’avoir utilisé un indice de protection solaire très élevé.
  • N’oubliez pas d’appliquer le produit solaire sur les oreilles, les tempes, la nuque, le dos des mains et des pieds.
  • Pensez à utiliser un produit de protection solaire même en cas de faible couverture nuageuse.
  • N’exposez jamais un enfant de moins de 24 mois directement au soleil. Mettez-le à l’ombre et faites-lui porter des vêtements au tissage serré, des lunettes avec protection latérale protégeant des UVA et UVB, un chapeau à bords suffisamment larges protégeant le visage, la nuque et les oreilles.