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Le gaspillage alimentaire

En finir avec le gaspillage alimentaire

Un tiers des aliments produits dans le monde pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé. Un volume suffisant pour nourrir les 860 millions de Terriens qui souffrent de malnutrition. Première solution : adapter ses achats à ses besoins, ce qui permet aussi de faire des économies.

Ce sont des chiffres qui font froid dans le dos, des statistiques qui remettent en cause sévèrement nos modes de vie. Selon une étude réalisée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le consommateur français jette chaque année 20 kilos de denrées alimentaires, dont 7 kilos de produits encore emballés ! Cette pratique entraîne une perte de pouvoir d’achat de 400 euros par an pour une famille de quatre personnes. C’est moins qu’en Grande-Bretagne, où 25 % des produits achetés finissent à la poubelle sans avoir été consommés, mais cela reste difficile à admettre à l’heure où les files d’attente s’allongent devant les Restos du cœur. A l’échelle de la planète, on estime qu’un tiers des aliments produits pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé. Ces pertes représentent 1,3 milliard de tonnes de denrées alimentaires par an : un volume suffisant pour nourrir les 860 millions de Terriens qui souffrent de malnutrition, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Pourquoi ce gaspillage ? L’évolution globale de la société est pointée du doigt. Le consommateur moderne, en premier lieu, est plus pressé, moins attentif. Il est sollicité en permanence par les campagnes promotionnelles, dans les médias comme à l’intérieur des grandes surfaces. On le pousse à acheter, parfois à tort et à travers, sans cohérence avec ses besoins.

De la production jusqu’au réfrigérateur

Mais les particuliers ne sont pas – loin s’en faut – les seuls responsables de cette gabegie. Des gaspillages sont constatés à chaque stade de la chaîne alimentaire, de la production jusqu’au réfrigérateur du consommateur. La restauration commerciale traditionnelle jette 230 grammes de denrées par personne et par repas ! En cause, la difficulté à gérer les stocks et les commandes en amont, les règles de sécurité sanitaire, les manières de cuisiner… La restauration collective est plus économe : « seulement » 167 grammes gaspillés par repas et par personne. Les hôpitaux et les établissements de santé enregistrent les plus grosses pertes, en raison de la variété des profils nutritionnels à satisfaire, de la difficulté des patients à absorber la nourriture et de la qualité des plats. Dans les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise, la perte est limitée à 125 grammes par personne et par repas. Au sein de la grande distribution, le gâchis est considérable. « Je jette tous les jours entre 15 et 20 kilos de légumes, au seul motif qu’ils sont un peu défraîchis, déplore Henri Saddier, chef de rayon dans un supermarché niçois. Les clients sont habitués à des produits en parfait état. Si ce n’est pas le cas, ils n’achètent pas ! » La moyenne du gaspillage s’établit à 197 tonnes de nourriture par grande surface et par an !

Pas de redistribution possible

Les conséquences ne se limitent pas au budget des ménages. Les ressources naturelles et humaines – eau, énergie, travail… – utilisées pour produire ces aliments sont également perdues. Plus révoltant encore, en raison d’une règlementation très stricte, ces denrées jetées ne peuvent pas être redistribuées aux moins favorisés par le biais des organismes de collecte. Heureusement, les gouvernements ont pris conscience du problème. Le Parlement européen a déclaré 2014 « année de lutte contre le gaspillage alimentaire ». L’objectif, à l’horizon 2025, est de réduire les pertes de 50 %. Cela se fera d’abord en sensibilisant tous les acteurs, puis en mutualisant les bonnes pratiques. Des solutions existent : mieux organiser les réfrigérateurs chez les particuliers (voir encadré), acheter selon les besoins de la famille, généraliser les doggy bags, (ces sacs permettant au client d’un restaurant de remporter ce qu’il n’a pas consommé), adapter la taille des portions à l’âge des enfants dans les cantines, organiser la récupération des invendus sur les marchés et dans les supermarchés… Il suffit de créer une dynamique : au final, ce sera du « gagnant-gagnant » !

Cédric Portal

Encadré 1

Denrées bien rangées, gâchis évité !

Et si le rangement était votre meilleur allié pour engager la chasse au gaspi… et faire des économies ? Appliqué de façon pertinente, il prolonge la vie des aliments frais. Pour l’épicerie, il s’agit de classer les denrées par familles de produits. On évitera ainsi d’entamer systématiquement le dernier paquet de pâtes avant de terminer celui qui reste. Le réfrigérateur, qui contient les aliments les plus fragiles, doit être rangé selon des règles strictes. La zone froide (entre 0 et 4 °C), située, selon les modèles, dans la partie basse ou la partie haute de votre appareil, est idéale pour stocker les viandes, les charcuteries, les volailles, les crèmes et desserts lactés, les plats cuisinés, les fromages frais et au lait cru. La zone tempérée (entre 4 et 6 °C) doit être réservée aux préparations maison ainsi qu’aux yaourts et fromages faits à cœur. Dans le bac à légumes, conservez les légumes et les fruits frais lavés. Dans la porte, placez les œufs, le beurre, le lait et les jus de fruits entamés bien refermés. Placez en première ligne les produits aux dates limites de consommation proches. Otez le suremballage carton ou plastique. Ne laissez pas trop longtemps les denrées réfrigérées hors du réfrigérateur.

C. P.

Encadré 2

Jamais de courses le ventre vide !

Vous l’avez sans doute remarqué : lorsque vous partez faire le plein au supermarché le vendredi soir en sortant du travail, vous avez tendance à remplir exagérément votre caddy. Pourquoi ? Parce que vous avez faim. Tout vous fait envie ! La stratégie anti-gaspi consiste à prendre un petit encas, puis à faire une liste, si possible en fonction d’un programme de menus pour la semaine, et surtout à vous y tenir ! Seule entorse tolérée : une promotion particulièrement intéressante amenant à modifier votre plan. Vous constaterez que vos achats s’adapteront mieux à vos repas et que vous dépenserez moins.

S. L.

Encadré 3

La carte de France du gaspillage

La carte de France du gaspillage, établie d’après les chiffres communiqués par la fédération France nature environnement, révèle de fortes disparités locales. Les Franciliens apparaissent comme les plus gros gaspilleurs, avec 114,5 kilos d’aliments jetés par an et par habitant, toutes sources de gaspillage confondues. A l’autre extrémité de l’échelle se trouvent l’Auvergne, le Limousin, le Poitou-Charentes, le Centre et Rhône-Alpes, avec « seulement » 66,8 kilos d’aliments gâchés par an et par habitant. Entre ces deux pôles, on trouve les régions de l’Ouest et du Sud, qui mettent à la poubelle 81,8 kilos de nourriture par an et par habitant. La Bourgogne, la Champagne-Ardenne, l’Alsace, la Franche-Comté et la Lorraine gaspillent environ 104,6 kilos de denrées par an et par habitant.

C. P.

Encadré 4

Quelques chiffres

89 millions de tonnes : quantité de nourriture gaspillée chaque année au sein de l’Union européenne, soit 179 kilos par habitant. 126 millions de tonnes : quantité de nourriture qui sera gaspillée en 2020 si aucune mesure n’est prise pour freiner la gabegie. 42 % : part de gaspillage imputée aux ménages. 39 % : part de gaspillage imputée aux industries agroalimentaires. 5 % : part de gaspillage imputée aux détaillants. 14 % : part de gaspillage imputée au secteur de la restauration.

(Source : Commission européenne)