0800 499 499 

Accueil du site > Actus Santé > Quand la presbytie s’installe

Quand la presbytie s’installe

Des difficultés à lire le journal, une vision de près qui devient floue, des maux de tête inexpliqués… La presbytie concerne plus de 20 millions de personnes en France et touche chaque année 700 000 nouveaux sujets. S’il est inéluctable, ce trouble visuel lié au vieillissement de l’œil se corrige en revanche très bien par le port de lunettes ou de lentilles adaptées, prescrites par l’ophtalmologiste.

«  Les symptômes de la presbytie apparaissent généralement autour de 40-45 ans, explique le professeur Gilles Renard, directeur scientifique de la Société française d’ophtalmologie (SFO). Progressivement, la lecture des petits caractères se révèle plus compliquée, on plisse les yeux, on se rapproche de la lumière et on éloigne le texte pour mieux voir. La vision devient floue de près, alors que de loin elle reste intacte. » Inévitable, ce phénomène est dû au vieillissement naturel du mécanisme visuel. Avec l’âge, les fibres élastiques (zonule de Zinn) qui relient le muscle ciliaire (le muscle de l’œil) au cristallin s’affaiblissent et l’œil perd progressivement son pouvoir accommodatif. Le cristallin, qui assure la mise au point, ne peut plus se bomber suffisamment pour focaliser correctement sur les objets proches. « Personne n’échappe à la presbytie et il n’y a aucun moyen de la prévenir, ajoute le professeur Renard. Elle évolue naturellement jusqu’à environ 60-65 ans puis se stabilise définitivement. »

Inutile d’attendre pour consulter

Dès que les symptômes apparaissent, mieux vaut consulter le plus tôt possible. « Si l’ophtalmologiste ne peut rien faire pour éviter le vieillissement des fibres élastiques, il saura en revanche proposer rapidement la correction visuelle la mieux adaptée à une vision confortable », précise le professeur Renard. A la quarantaine, la survenue de la presbytie est aussi l’occasion de faire un examen complet, notamment pour les personnes dont la vue n’a jamais été corrigée. Les spécialistes recommandent d’ailleurs un contrôle ophtalmologique tous les deux ans à partir de 45 ans (c’est aussi à cette période qu’apparaissent le glaucome ou la dégénérescence maculaire liée à l’âge [DMLA]). En matière de correction visuelle, plusieurs solutions sont possibles pour les presbytes. Ils peuvent décider de porter des lunettes uniquement pour voir de près ou alors des verres multifocaux (à plusieurs foyers). Ces derniers sont adaptés aux conséquences du vieillissement du cristallin et permettent en même temps de rectifier les autres amétropies : myopie, hypermétropie et astigmatisme.

A chacun ses lunettes

Parmi ces verres, on trouve les bifocaux, avec une petite loupe intégrée en bas pour bien voir de près, notamment pour lire. Les presbytes plus âgés préféreront éventuellement des trifocaux, constitués d’une loupe pour voir de près et d’une autre pour la vision intermédiaire. Dans la très grande majorité des cas, les presbytes se tournent vers des verres progressifs, c’est-à-dire des verres qui ont une multitude de foyers et dont la puissance progresse au fur et à mesure que l’œil se dirige vers le bas. Le choix peut aussi se porter sur des lentilles progressives ou multifocales, qui fonctionnent selon le même principe que les verres des lunettes. Enfin, sachez que les lunettes de vue (verres et monture) sont prises en charge par l’Assurance maladie uniquement sur prescription médicale. Elles sont remboursées à 60 % sur la base de tarifs officiels (la base de remboursement, ou BR, variables selon l’âge de l’assuré). Cependant, ceux-ci étant particulièrement faibles, s’équiper devient de plus en plus difficile sans complémentaire santé.

Aliisa - Waltari

Encadré 1

Et la chirurgie ?

La presbytie simple s’opère assez peu. Il existe cependant deux types d’intervention : une correction par laser et une par pose d’implants. Avant de pratiquer l’une ou l’autre, on attend que le trouble visuel se soit bien stabilisé (autour de 60 ans). Avec le laser, l’ophtalmologiste remodèle la cornée en créant deux espaces particuliers : le premier, au centre, pour permettre la lecture de près et le second, en périphérie, pour voir de loin. La pose d’implants se pratique quant à elle essentiellement dans le cadre d’une chirurgie de la cataracte : on remplace le cristallin opacifié par une sorte de lentille (cristallin artificiel). Si l’on est presbyte, on peut demander que la lentille corrige également la presbytie. « Ces interventions reposent sur le fait que l’on va créer deux images : une de loin et une de près, précise le professeur Gilles Renard, directeur scientifique de la Société française d’ophtalmologie (SFO). La rétine reçoit ces deux images et les envoie au cerveau, à charge pour lui d’interpréter l’ensemble. Malheureusement, cela ne convient pas à tout le monde et certains patients peuvent être gênés. » Mieux vaut donc tester les lentilles multifocales classiques avant d’opter pour l’intervention. « Si la lentille ne convient pas, on peut toujours la changer. Après une chirurgie, évidemment, c’est plus compliqué », conclut le professeur.

Encadré 2

La revanche des myopes

« Si vous voyez une personne de plus de 45 ans lire sans lunettes, c’est qu’elle est probablement myope », explique le professeur Gilles Renard, directeur scientifique de la Société française d’ophtalmologie (SFO). Parce que leur œil est trop long pour focaliser la lumière sur la rétine, les myopes ont une mauvaise vision de loin. En revanche, ils voient net de près pendant une longue partie de leur vie, même quand la presbytie s’installe parce que leur cristallin n’a pas besoin d’accommoder. C’est ce qu’il appelle la revanche des myopes. Mais cet avantage ne dure qu’un temps. Généralement, la presbytie les rattrape au bout de quelques années : elle devient plus forte que la myopie, aussi finissent-ils par devoir adopter une correction pour la vision de près. Comme tous les presbytes ! Sachez également que la presbytie est parfois révélatrice d’un autre défaut visuel : l’hypermétropie. Dans ce cas, l’œil est trop court et le cristallin est obligé d’accommoder en permanence pour voir net. Quand la presbytie s’installe, l’accommodation se fait plus difficilement et la personne perd sa capacité à compenser son hypermétropie : elle ne voit net ni de près ni de loin, alors que, jusque-là, la vision de loin était préservée.